Le parapluie rouge

wonderland53

Trois générations sous un petit parapluie rouge…

D’abord il y a une photo: il a posé son bras autour des épaules de sa femme, ils sont tellement souriants. Le petit cadre est entourée de fleurs et soigneusement posée sur les graviers juste en dessous de la grande croix de bois qui indique leurs noms, leurs dates de naissance et ce cruel « 2013 ». La pierre n’a pas encore été posée.

Ensuite il y a ces trois femmes.

La plus âgée est assise sur une chaise. Elle est si fatiguée et si triste que ses jambes ne la portent plus. Elle est installée là au milieu de l’allée, un parapluie rouge en guise de parasol pour la protéger des rayons brulants du soleil. Assise en silence, elle pleure sa fille et son gendre.

La seconde est accroupie devant les genoux de sa mère, elle lui tient la main comme pour la soutenir. Entre deux sanglots discrets je vois quelques larmes couler derrière ses lunettes de soleil. Elle sait qu’elle mettra du temps à guérir et qu’elle n’oubliera jamais sa soeur et son beau frère qui s’en sont allés.

La troisième vacille. Elle regarde la tombe mais semble ne rien voir. Pareille à une marionnette elle va d’un côté et de l’autre, arrose quelques fleurs et parle de changer la photo, qui en deux mois subit déjà les attaques du temps. Elle est heureuse d’être venue en France pour les voir une dernière fois avant qu’ils ne partent pour leur dernier voyage. La plaie sera toujours ouverte: elle a perdu son papa et sa maman.

Deux mois déjà…

Nous avons quitté le cimetière en silence, soutenant ma grand-mère qui peinait à remonter la petite allée de graviers. Au compte goutte je me suis séparée de ces trois femmes: ma cousine est remontée dans sa voiture après le cimetière, ma grand-mère a regagné sa petite chambre de la maison de retraite et ma mère m’a déposée devant la porte de ma maison. Les premières larmes sont montées quand je l’ai vu s’éloigner en voiture.

La journée ne se résume pas à cette simple visite au cimetière et malgré la tristesse nous avons trouvé des petits moments de joie qui nous ont fait chaud au coeur. Je suis entrée dans la maison: rien n’avait changé. Chaque bibelot était à sa place, les bonbons dans un saladier et les magazines dans  le porte-revues. A chaque détail on aurait cru cette maison encore habitée et souvent je m’attendais à les voir arriver tous les deux.

Nous avons commencé à emballer quelques affaires, à vider les placards de nourriture, à jeter les journaux. Dans une boîte à thé de la cuisine j’ai trouvé des bijoux dissimulés. Ma cousine a pleuré de bonheur, les croyant perdus. A l’ouverture d’un placard je suis tombée sur une centaine de pots de confitures, nous en avons ouvert un pour y goûter. Dans le buffet de la cuisine il y avait des films de leurs nombreux voyages enregistrés sur des cassettes. J’ai retrouvé le film de mon mariage, ceux de mes soeurs, ceux de mes cousines.

Bref une journée à la fois triste et belle et des petits moments partagés resteront gravés à jamais dans mes souvenirs.

N’oubliez pas de vivre intensément chaque seconde.

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21 réflexions sur “Le parapluie rouge

  1. Tes mots sont beaux, tendres et doux malgré cette grande tristesse. Courage Alice. Et merci pour ce rappel, vivre intensément chaque seconde, non il ne fait pas l’oublier. Je t’embrasse fort.

  2. c’est tristement beau. Ce sont les petits détails qui nous rattachent à l’âme des personnes que nous avons perdu. Il faut pleurer et se souvenir pour continuer à vivre pour nous et un peu pour eux aussi.
    Toutes mes condoléances. N’hésites pas à partager encore et encore.

    Bises

    • Merci pour le compliment sur l’avatar 😉
      J’avais envie de quelque chose de personnalisé.
      Effectivement un moment bien difficile. Mais vu les conditions du décès (assez horrible)s et le délais avant enterrement je crois que le plus dur est passé (décès accidentel à l’étranger).

  3. Joli billet, tellement émouvant.
    Toutes mes condoléances.
    Tu as raison il faut vivre intensément, et ça fais du bien de le rappeler car en ce moment j’ai tendance à l’oublier.
    Bisous

  4. Que de tendresse dans cette douleur innommable.
    Quelques fois que je lis ce texte et à chaque fois la même émotion.
    Il fait bon se rappeler qu’il faut profiter et apprécier tout ce que l’on peut.
    Douces pensées

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